NB Cet article a été publié en 2007 dans un journal de l'association anciennement dénommée Solidarité Femmes Loire.
A peine trois semaines après mon arrivée dans l'association, je rencontre la directrice dans un cinéma, à l'occasion de la projection d'un film sur les prisons. Elle me présente à un professionnel de l'action sociale, qui s'empresse de recourir au vocabulaire historique : « Un homme à Solidarité Femmes, c'est une révolution ! », me lance-t-il droit dans les yeux.
A vrai dire, il s'agit moins d'une « révolution » que d'une évolution. Mais il reste que l'embauche d'un homme à Solidarité Femmes constitue bien un facteur dissonant, puisque c'est une association créée par et pour des femmes. Je suis fier que le changement de nom ait symboliquement marqué la sortie de ce qui, de prime abord, pouvait être perçu comme un « communautarisme féministe ».
Alors, qu'ai-je à déposer à propos de SOS Violences conjugales 42, où je travaille maintenant depuis 9 mois ( oct. 07) ? Bien sûr que la question est davantage de savoir non pas qui fait quoi mais qui fait comment. En d'autres termes, il importe peu que l'intervenant soit un homme ou une femme, l'essentiel est son aptitude à tisser des liens de confiance avec l'usager, tout en restant dans le cadre professionnel. Toutefois, même cette manière de voir a ses limites.
Car concilier son identité de genre et son identité professionnelle n'est pas toujours une sinécure pour un homme qui travaille quasi exclusivement avec des femmes, et réciproquement peut-être. Pour ma part, j'estime que l'important est de se situer au-delà de ce qui sépare visiblement le masculin du féminin, en se rassemblant autour de valeurs fortes telles que la solidarité et la responsabilité. D'une certaine manière en effet - et sans chercher à susciter inutilement un sentiment général de culpabilité - nous sommes toutes et tous responsables des fondements de la violence, qui prend sa source dans l'inégalité et la domination. Cela va-t-il de soi ? Oui, si on se réfère à l'éthique de responsabilité ; sans doute, si on est convaincu qu' « être Humain c'est être responsable, (...) c'est ressentir la honte en face d'une misère qui ne semblerait pas dépendre de soi » ; bien évidemment, si on admet qu'il n'y a pas d'antinomie entre la « masculinité » et le combat contre des vestiges de la culture patriarcale.
En résumé, travailler à Solidarité Femmes puis à SOS Violences Conjugales ne constitue pas seulement un engagement professionnel pour moi, c'est aussi un devoir civique.
